Genèse du Moulin

7 juin 1837 – 7 novembre 1839

Le 7 juin 1837, Joseph Barthalay, propriétaire cultivateur domicilié aux Loubates, commune de St Michel les Portes, canton de Clelles, demande au préfet de l’Isère l’autorisation d’établir 2 moulins et un battoir sur le torrent de St Michel.

Suite à ce courrier, le préfet de l’Isère ordonne à ce qu’une enquête publique soit menée. La demande de Joseph Barthalay sera affichée pendant vingt jours avec « … invitation aux habitants qui auraient des observations à faire ou une opposition à élever contre l’établissement des usines du sieur Barthalay de les présenter au secrétaire de la mairie dans un délai ci-dessus indiqué ou au plus
tard, dans les trois jours qui en suivront l’expiration. »

Les oppositions ne se font pas attendre.

Dès le 27 juin, des voix s’élèvent contre ce projet, l’argument principal étant que
« … les moulins ne sont d’aucune utilité publique puisqu’il en existe sur ledit
torrent en amont du pont dit de St Michel à des distances fort rapprochées dont deux appartiennent même au dit Barthalay … » (lettre du 27 juin)

« … il est de l’intérêt de tous les habitants de Thoranne d’empêcher que la demande du sieur Joseph Barthalay, dont ils ont pris connaissance par la publication de l’arrêté de M. le préfet, soit admise parce qu’elle est contraire à tous les intérêts de la commune dont une partie du territoire est déjà ravagée par les nombreux moulins qui le traversent … »

L’enquête sera close le 24 juillet 1837.

Visiblement, le projet n’est pas vu d’un bon œil par les habitants de la commune et les relations semblent tendues entre le maire et Joseph Barthalay, si l’on en croit le courrier envoyé au Préfet par Barthalay et où il demande à ce qu’on le prévienne de la visite de Monsieur l’Ingénieur « … en effet, je désire prendre connaissance des pièces dont vous aviez chargé Monsieur le Maire de me communiquer et qu’il m’a refusé. »

Le 6 octobre 1837, le préfet demande au maire de transmettre à Barthalay le procès-verbal de l’enquête afin qu’il puisse y répondre (lettre du 6 octobre 1837)

La réponse de Joseph Barthalay ne se fait pas attendre, et le 27 octobre 1837, il répond dans un courrier à l’écriture soignée qu’il ne renoncera pas à son projet

« … tant que je n’aurai pas contre moi la disposition de quelque Loi. Je n’ai pu
prendre connaissance du procès-verbal que Monsieur le Préfet a adressé à M. le Maire de Thoranne attendu qu’il a refusé de me le communiquer, mais communiqué ou refusé, je persiste à exécuter mon projet de construction et dans cette résolution j’ai versé en dépôt quatre vingt Francs entre les mains du receveur de la commune de laquelle somme j’exiberai (sic) le récépissé quand j’en serai requis ou plutôt, il sera joint à la présente. »

Visiblement, les résultats de l’enquête ne sont pas satisfaisants pour le préfet et l’affaire rebondit lorsque le préfet, suite au rapport des Ingénieurs des Ponts et Chaussées, décide qu’« Une nouvelle enquête, en tout semblable à la première doit être ouverte …. » Aurait-il des doutes sur la validité de la première enquête qui a été menée ?….

Le 18 octobre, le rapport de monsieur l’ingénieur des Ponts et chaussées de l’arrondissement rédigé en 10 points ne tient pas compte des avis contraires émis par les habitants de la commune lors de la deuxième enquête.

Pour lui, les motifs de concurrence évoqués par les habitants ne sont pas recevables et la critique selon laquelle les berges seraient fragilisées par le canal de dérivation n’est pas une critique sérieuse car le canal sera petit et éloigné du pied des grands talus et que de toute façon, cela ne serait pas dans l’intérêt du Sieur Barthalay qu’il y ait des coulées de terre ou de boue sur son terrain ou dans son canal.
Le document est approuvé le 19 octobre 1838 par l’Ingénieur du département de l’Isère

Moins de quinze jours plus tard, le 1 er novembre 1838, suite au rapport de l’ingénieur, un nouveau procès-verbal sera publié « dans les lieux prescrits » pour informer la population locale et « inviter les parties intéressées à l’opposer ou à approuver la demande de l’impétrant », rapport qui ne suscitera aucune réaction et sera clos par le maire le 18 novembre 1838

Des voix émanant de la direction générale des Ponts et Chaussées s’élèveront cependant 2 mois et demi plus tard, le 4 février 1839, pour souligner que le rapport de l’ingénieur n’est pas complet et que le canal devant passer par un terrain dont Joseph Barthalay n’est pas propriétaire, il faut régler cette question.

Joseph Barthalay rencontre alors le notaire de Clelles, Maître Jean Chapier, et Joseph Giraud, le propriétaire « … de partie du terrein (sic) longeant la rive droite du torrent de St Michel, sur laquelle partie de terrein le barrage dont il va être parlé doit être appuyé… » Joseph Giraud consent à l’exécution de ces travaux 9 mois après le courrier de la direction générale des Ponts et Chaussées, le 20 novembre 1839, un courrier du Ministère des Travaux publics est adressé au préfet de l’Isère pour l’informer de l’ordonnance du roi qui autorise le sieur Barthalay à établir son moulin. Le sous secrétaire d’état demande en outre au préfet : « Je vous prie de donner connaissance de cette ordonnance à M. l’Ingénieur
en Chef ainsi qu’au Sr Barthalay et de me faire parvenir en temps utile copie du procès-verbal qui, au terme de l’article deux, doit constater l’exécution des travaux prescrits. » L’ordonnance de Louis Philippe datée du 7 novembre 1839 sera jointe à ce
courrier.

Il aura donc fallu un procès-verbal, deux enquêtes, 80 francs, un rapport en 10 points, un rendez-vous avec un notaire, une ordonnance royale et 2 ans et 5 mois de détermination pour que Joseph Barthalay obtienne l’autorisation de mener à bien son projet.

Il avait alors devant lui un an pour construire ses usines …

Publié à l’occasion de la 1 ère Fête du Moulin « Le Moulin à Paroles », en juin 2010

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